MAZZERU, Jules Stromboni (Casterman)



En Corse, on nomme MAZZERU l'homme ou la femme qui part chasser dans son sommeil, l'arme à la main. De ses songes, il rapporte une prédiction. Dans la gueule de la bête q'uil a tuée ou blessée, la mazzera ou le mazzeru reconnaît une personne de son entourage qui subira le même sort dans l'année. Victimes de leur don, les mazzeri annoncent malgré eux un événement funeste contre lequel il est déconseillé d'agir...


▬ MAZZERU
JULES STROMBONI
CASTERMAN
160 PAGES
23 MARS 2017
FAMILLE, FANTASTIQUE, TRAGÉDIE, CORSE, VENGEANCE, HUIS-CLOS 

Mazzeru.
Consonance amenant à la curiosité.
Le format également. Plus étiré, conséquent. Difficile de l’ignorer.
Le voila entre mes mains. 
Bel objet. 

L’histoire est une atmosphère, une impression, comme un voile qui se dépose sur les paupières du lecteur ; envoûtante cavale. C'est l'inspiration d’une légende corse ; les mazzeru. Ces êtres dotés d’une capacité surnaturelle, tuant à leur sommeil, prévoyant le futur décès d’un autre. Dans d’autres cultures, ils seraient banshee, ou chats noirs. Dramatique pouvoir. 

La Corse des campagnes s'ouvre à notre rétine curieuse. Des planches ne sont composées que de paysages, donnant l'impression agréable d'un carnet de voyage. Une illusion seulement. Le malheur gronde, s'insinue, n'est que commencement sous l'échine de chacun des personnages.

Une fille engrossée d'un père libidineux.
Un petit boulanger éveillé à son don.
Des villageois sous le poids de leurs tâches et commérages.

Le récit se compose de quelques planches manuscrites. D'un texte bordé de rimes. Tantôt l'un, tantôt l'autre personnage. Le texte permet de situer les événements mais sa présence n'aurait pas été obligatoire. Le récit graphique se suffit à lui-même, propose suffisamment de matière à l'imagination du lecteur. 

On vogue entre réalité et onirisme.
Naissance des sentiments, et violence des émotions.




Le traitement du noir, blanc, gris est incroyable. Les planches varient de format, offrent plusieurs cases et parfois une seule, immense. Les détails foisonnent, méritent d’être observés attentivement, parfois plusieurs fois. Un regret, unique, à propos des planches où rêve l'enfant, ces planches seules dotées de couleurs. C'est l'écho vers une autre bd, à l'univers également noir : Blast. Inspiration ou salut à l'artiste, la question se pose, heurte un peu le récit.



‣ la légende qui est contée, que je ne connaissais pas.
‣ la tragédie qui s'insuffle lentement à chaque page tournée.
‣ le format de la bd. déroutant, surprenant, superbe.
‣ le fait de mélanger carnet de voyage, onirisme et horreur.



‣ la ressemblance un peu trop flagrante avec Blast pour certaines planches.





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2 commentaires:

  1. je n'ai pas lu Blast (qu'on ne cesse de me recommander) mais cette incursion de la couleur ne m'a pas dérangé, cela permet de bien distinguer le rêve de la réalité, mais ce n'était effectivement pas nécessaire. d'ailleurs il me semble que dans les premiers rêves il n'y a pas de couleurs. (je n'ai plus le livre sous la main)
    Ce que j'ai aimé dans ce roman graphique très étonnant c'est, bien sûr, la beauté des planches mais aussi la pesanteur que l’auteur arrive à si bien retranscrire. A se sent de plus en plus oppressé à mesure qu'on avance dans la lecture

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  2. la couleur ne m'a pas dérangé, c'est plutôt la ressemblance trop frappante avec Blast qui utilise le même principe. donc pour moi, ça faisait un écho trop important (même si ça n'enlève rien à la qualité de Mazzeru).

    et pour Blast, il faut être préparé à encaisser le récit, car c'est très noir.

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