L'ARCHIPEL DU CHIEN, P. Claudel (Stock)



Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que quelque chose allait se produire. Ce fut déjà et cela dès l'aube une chaleur oppressante, sans brise aucune. Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à propos de laquelle on aurait pu se dire qu'on l'avait rêvée, ou qu'elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche, de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. Mais d'heure en heure l'odeur s'affirma. Elle s'installa d'une façon discrète, pour tout dire clandestine.

▬ L'ARCHIPEL DU CHIEN
PHILIPPE CLAUDEL
STOCK
14 MARS 2018
228 PAGES
CONTE MODERNE, POLICIER, MIGRANTS 



Le livre que je reçois en SP ne comporte aucune couverture, aucune indication d’un résumé qui mènerait vers quelques pistes préparatoires. C’est peut-être la raison pour laquelle je n’ai pas réussi à plonger dans l’histoire, à m’en immerger. Extérieure. Lecture en surface. Probablement qu’une relecture serait nécessaire mais je ne parviens pas à déchiffrer deux fois les lignes d’un livre, pour cause d’une PAL débordant et attendant d’être lue.

Trois corps charriés par la mer, emmenés au bord d’une île. Commence la débandade de quelques personnages. Cacher le corps ? Révéler le fait aux autres habitants ? Le Maire préfère la tranquillité de son île. C’est le silence qu’on convoite de chacun. Aucun mot, aucune parole à propos des cadavres d’hommes noirs. D’ailleurs des noirs, les insulaires n’en ont jamais vu. Hommes d’autres contrées qu’ils ne cotoient pas, n’espèrent pas, préfèrent rester à leur consanguinité blanche. 

Débute ainsi le fourmillement de la culpabilité. Sentiment s'immisçant entre les fissures, craquelures de l’âme de chacun. L’un souhaite comprendre d’où viennent ces hommes, d’autres s’accusent de l’absence de sépulture. Mais le silence gagne sur la verve qu’ils ne parviennent pas à phraser. Seule l’île ose s’exprimer, ce Brau qu’on entend à plusieurs reprises entre les pages, comme un avertissement, une colère frémissante sous les grains de sable. 

Un personnage chavire l’habitude. Etranger. Sa présence bouscule également le lecteur. De l’île, on pensait qu’aucun allochtone ne pouvait y venir. Impression d’un paradis, et peu à peu conscience qu’il s’agit d’une prison. Il se nomme Commissaire, n’en porte qu’un galon mensonger. On y suppose parfois une représentation du diable entre ses mots sibyllins. Il est venu avertir lui aussi, comme un écho au Brau, mais aussi à cette odeur pestilentielle (présente depuis le début du roman) qui s’agrippe aux narines, s’infiltre sous les vêtements.

Les présages s’accumulent.
Comme des plaies.

La folie. 
La honte. 
La curiosité. 
Le plus ignoble de l’humain est montré. 
On le désosse de sa parure, on l’offre en pâture au lecteur. 
Comme un avertissement.

Une fable cruelle.
Reflet de notre société.



Note : ★★★☆☆



‣ la plume. entre beauté et atrocités.

‣ l’inquiétude qui gronde de page en page.

‣ la façon d’aborder la question des migrants, de la culpabilité, d’autrui.





‣ certains éléments qui semblent être sortis de nul part, comme le personnage du Commissaire qui apparaît tel Méphisto. Ce qui donne une allure peut-être trop théâtrale.

‣ l’histoire qui est bordée de mystères. l’impression de rester en surface.






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