SUMMER, Monica Sabolo



Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse une dernière image  : celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs  ? Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences. 


SUMMER
MONICA SABOLO
ÉDITIONS JC LATTÉS
23 AOÛT 2017
320 PAGES
FAMILLE, THRILLER PSYCHOLOGIQUE, DEUIL, SUISSE/FRANCE




Une soeur devenue mythe. 
Souvenirs épars chassés par le vent, les mémoires devenues opaques. Ne reste que le frère qui semble se soucier, se souvenir. Morte clament les uns. Ailleurs suppose le frère esseulé.

De cette auteure, j’en connais un roman : Crans-Montana. Un regard sur la jeunesse doré, un oeil sur la dérive d’une peuplade laissée à ses occupations. De la plume, j’en retiens l’aisance pour les atmosphères lourdes, baignées d’un sens malsain. Un roman que j’avais apprécié. Plongeons du côté de Summer

Le roman se déroule avec la pensée et le regard du frère. Narrateur premier d’une affaire qu’il ne parvient pas à démêler. Summer se dévoile sur un rêve aqueux, une plongée au fond d’un lac, entre les algues, au delà des vivants. Sous l’eau, que reste t-il ? Le silence accompagne les premières pages. Description d’un monde, de l’envers du nôtre. Eaux noires d’un lac où le corps y baignerait, serait devenu entité, déité d’un royaume ondin. On émerge, à bout de souffle, on reprend notre respiration. Tentative de revenir à la surface - à la réalité. En vain.

Summer est morte l’été dernier.
Summer a disparu.
Summer.

Le prénom est rarement prononcé. Comme une crainte. Une terreur d’évoquer le drame. Fille d’une famille aisée, fille rayonnante sous les rires joyeux de ses amies. Pourquoi disparaître ? Pourquoi fuir le bonheur octroyé ? Voilà ce que pensent les parents, eux qui estiment avoir tout donner à l’enfant chérie. Ingrate chuchotent-ils entre les lignes. La famille s'enfonce aux eaux saumâtres, à la vase de ses secrets. 

Le récit alterne entre passé et présent. Remous des souvenirs. Ecume d’un passé qu’il ne parvient pas à enterrer. Le frère vit avec ses cauchemars, s’enfonce à la culpabilité de ne pas comprendre. On imagine sa responsabilité, ou plutôt une part, infime, un comportement en regret qu’il ne parviendrait pas à oublier.

Peut-être est-ce la seule chose qui reste à faire quand on n'a plus ni souvenirs, ni émotions: retrouver des vestiges, creuser avec ses doigts dans la terre, reconstituer des squelettes, épousseter les fossiles, mais même là, il est probable qu'on ne parvienne jamais à saisir la vie qui les animait, pas même à l'effleurer.

Vivre avec un fantôme. S’enchainer à la présence d’un souvenir, le raviver, sans cesse l’empêcher de s’évaporer. Un roman sur le deuil, la culpabilité, et plus encore les noirs secrets qui hantent les murs des maisons, s’y sont faufilés entre les fissures. Un regret toutefois, la fin à laquelle je ne m'attendais pas. Espoir pour d'autres idées. D'autres voies. Mais Summer n'en reste pas moins un récit fascinant. En eaux troubles.

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